Souveraineté Numérique, le temps de l’action — Revue Servir (ENA/INSP)

Face à nos dépendances technologiques, idruide défend une approche pragmatique de la souveraineté numérique soutenue en premier lieu par la commande publique. L’entreprise appelle pour ce faire à un réveil politique indispensable à la défense des principes et valeurs européennes.

Nous avons été créés en 2017 à l’initiative de deux frères travaillant sur les problématiques de gestion de la mobilité numérique dans les établissements scolaires. L’idée était de proposer des solutions aux collectivités territoriales à qui la loi Peillon venait de transférer cette compétence. 10 ans plus tard, idruide édite une plate-forme SaaS (Software as a Service) en cloud souverain pour l’administration, la sécurisation et le déploiement des appareils mobiles à usage éducatif et professionnel et couvre tous les OS et tous les types de matériel : smartphones, tablettes, ordinateurs et même les écrans numériques interactifs.

Nous nous sommes fixés pour mission de faciliter la vie des acteurs en charge de relever les défis de la mobilité numérique.

Oui, très clairement, nos origines acadé-miques nous ont orientés dans ce sens dès le début. Mais nous avons aussi eu à ce sujet une chance incroyable, car dès la première année de commercialisation, nous avons remporté le marché des écoles de l’Armée de terre. Et nous allons très vite devoir nous adapter à l’évolution du contexte géopolitique.

Le Cloud Act américain de 2018, déclaré incompatible avec la réglementation européenne à l’été 2020, s’est traduit en France à l’été 2021 par la doctrine d’utilisation de l’informatique en nuage par l’État. Deux mois plus tard, la DGNUM nous demande de migrer vers une infrastructure immune aux lois extraterritoriales pour poursuivre notre collaboration.

Les défis techniques et économiques à relever sont loin d’être anodins, mais après mûre réflexion, nous acceptons et relevons le défi en échange d’un en-gagement dans la durée. Avec le recul, nous réalisons maintenant que ce virage stratégique nous a donné 5 ans d’avance sur le marché.

Oui, tout à fait ! De notre côté, en tant qu’entreprise de la tech, nous adorons naturellement relever les défis technolo-giques. Et du côté de nos clients, c’est un des avantages qu’ils recherchent en tra-vaillant avec des sociétés comme la nôtre. En ce moment, nous travaillons avec le département de la Vienne pour faire un pas stratégique notable dans le sens d’une souveraineté numérique plus complète. Nous avons accepté de relever le défi du Modern Management de Linux avec des briques technologiques souveraines.

Oui et non. Du côté du ministère ou bien du nôtre, c’est une évidence, et nous collaborons très régulièrement pour proposer des solutions innovantes et souveraines au marché. La Direction du Numérique pour l’Éducation est vraiment exemplaire à ce sujet.

Côté collectivités territoriales, c’est moins évident. La raison principale est souvent économique. Les GAFAM se battent pour offrir leurs solutions à nos élèves gratuite-ment ou quasi gratuitement. La stratégie est d’habituer les jeunes à leur écosystème pour en faire les clients de demain.

Et là, soit le respect de la souveraineté est une priorité de la collectivité et ils sont prêts à investir dans des solutions immunisées ; soit ils n’ont pas encore complètement conscience de la gravité du problème et se laissent séduire par ces offres en apparence « gratuites ». Quand bien même des progrès sont notables ces derniers temps, il y a encore besoin de renforcer la prise de conscience des conséquences concrètes de ces offres, tant en matière de souveraineté que de dépendance numérique à l’échelle du pays et de l’Europe.

Imaginez un instant si McDonald’s ou Coca-Cola proposaient de mettre à dispo-sition gracieusement leurs produits dans les cantines de nos enfants. Tout le monde crierait au scandale ! C’est exactement la même chose dans le numérique, mais là on ne semble pas voir le problème. Ou peut-être feint-on de ne pas le voir ?

L’actualité géostratégique accélère la prise de conscience des enjeux à réduire notre dépendance numérique. C’est clairement porteur pour nous dans le secteur public. Nous nous ouvrons à de très nombreux verticaux comme les hôpitaux, les préfec-tures, les universités, les bailleurs sociaux en recherche de solutions souveraines. La réalité du terrain, c’est qu’il y a assez peu d’acteurs souverains sur notre créneau. L’essentiel de la concurrence est étrangère et l’écrasante majorité est américaine.

Mais ne nous méprenons pas, il y a encore beaucoup à faire pour réduire nos dépendances ! De très nombreuses entités publiques, et pas des moindres, utilisent encore des technologies amé-ricaines on-premise quand elles ne sont pas directement hébergées dans des cloud américains au mépris de la loi. Et il en va de même pour les entre-prises privées que seul le Data Privacy Framework éloigne un peu, et pro-bablement que temporairement, de l’illégalité pure et simple.

Pour ceux qui auraient raté cette actualité de 2025, monsieur Anton Carniaux, alors directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a fait l’aveu devant la commission d’enquête sénatoriale que les acteurs américains ne sont pas en mesure de garantir la protection de nos données en cas d’in-jonction en ce sens du gouvernement américain1.

Concernant les pratiques commerciales sur le segment professionnel, les licences ne sont certes pas mises à disposition gratuitement, mais au travers de « packs commerciaux » dif-ficiles à refuser pour les organisations mais régulièrement condamnés par la Commission européenne. L’objectif ici est de tuer toute tentative de concurrence dans l’œuf, au mépris de la loi, si nécessaire.

La mère de toutes les batailles reste la bataille culturelle. De ce fait, il faut travailler sans relâche à la prise de conscience de toutes et de tous, car osons le dire : l’heure est grave.

Il y a une accumulation de faits incontestables à tous les niveaux sur une augmentation significative des risques pour notre souveraineté. Et cette fois-ci, je ne vous parle pas de souveraineté numérique. Je vous parle de notre souveraineté au sens politique du terme, qui est fortement mise sous pression par nos dépendances, numériques notamment.

J’applaudis l’Europe qui a courageuse-ment promulgué 4 lois stratégiques sur le numérique ces dernières années pour protéger nos libertés fondamentales. Mais attention, car nous voyons bien aujourd’hui que d’imposer leur respect n’est pas chose facile. Thierry Breton vient d’en faire les frais en étant interdit de territoire aux États-Unis 2.

Il faut donc arrêter d’être naïf. La sou-veraineté a besoin, pour s’imposer, de s’appuyer sur une puissance réelle ! Et bien évidemment, cela a un coût. Nous recherchons les dividendes de la paix, et c’est une bonne chose. Mais cela ne peut pas se faire au prix de notre servitude.

Partant de là, si l’on considère notre souveraineté comme un bien public de premier ordre, il paraît assez logique de mobiliser la puissance publique à son service.

Les Américains l’ont bien compris et l’ont matérialisé dans leur Small Business Act.

Essayez d’imaginer un instant l’impact à 10 ans en termes de puissance pour l’Europe si 25 % de la commande pu-blique de 2000 milliards d’euros par an va aux entreprises européennes… C’est pourquoi ma conviction est qu’il nous faut changer de logiciel politique et vite !

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Un article de idruide publié le 18 Mai 2026
Remerciements & Crédits [1] Commission d’enquête sur les coûts et les modalités effectifs de la commande publique et la mesure de leur effet d’entraînement sur l’économie française, https://videos.senat.fr/video.5460497_6847c70b82594.commande-publique--audition-de-microsoft», Mardi 10 juin 2025, Sénat, Paris.

[2] « L’ancien commissaire européen Thierry Breton a été interdit de séjour aux États-Unis. Une mesure radicale et sidérante annoncée mardi 23 décembre 2025 par l’administration américaine », http://www.franceinfo.fr/replay-radio/d-un-monde-a-l-autre/regulation-du-numerique-thierry-breton-et-quatre-responsables-europeens-interdits-de-sejour-aux-etats-unis_7669609.html, Mercredi 24 décembre 2025, Paris.
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