Marc Lecerf – Villes Internet : « Le numérique au cœur des territoires »
Avec le label Territoires, Villes et Villages Internet, les collectivités structurent leur transformation numérique, entre services aux citoyens, cybersécurité et souveraineté des données. À travers son réseau et ses outils, l’initiative accompagne la montée en maturité des élus et l’autonomie stratégique des territoires.
Entretien avec Marc Lecerf, en charge de la souveraineté.
Le parallèle avec le label « Villes et Villages Fleuris » n’est pas anodin : il constitue une porte d’entrée identifiable, même si l’ambition de Ville Internet va bien au-delà. Le label est né en 1999, à un moment où les premières démarches numériques municipales apparaissaient, notamment avec les premiers sites Internet et la mise en ligne d’informations et de services publics. Il s’agissait alors d’accompagner le passage du papier vers le numérique et de valoriser ces premières initiatives.
Aujourd’hui, la démarche s’est largement structurée autour d’un questionnaire articulé autour de 16 enjeux, couvrant notamment les usages numériques, la protection des données, la participation citoyenne, l’attractivité des territoires ou encore la transition écologique.
Le numérique permet désormais de transformer profondément la relation aux citoyens, en favorisant le partage d’information et une participation plus directe à la vie démocratique.
Le label s’appuie également sur une plateforme, l’Atlaas, qui agrège les actions des collectivités depuis près de 27 ans. Cet outil permet d’analyser les politiques numériques, de croiser les points de vue entre élus et services, et de réaliser des benchmarks entre collectivités de tailles comparables. Il constitue un levier puissant d’amélioration continue, permettant d’identifier ses points forts comme ses axes de progrès et de construire des plans d’action adaptés.
À l’origine, le numérique était perçu comme un simple vecteur supplémentaire de communication ou de service, avec une approche essentiellement technique. Les collectivités s’appuyaient souvent sur un spécialiste ou sur des prestataires, sans réelle appropriation stratégique. La présence numérique était alors très inégale selon les territoires.
Progressivement, les élus se sont acculturés à ces enjeux. On a vu émerger des élus dédiés au numérique, puis une structuration des services, jusqu’à une appropriation plus globale par les collectivités. Aujourd’hui, les enjeux liés à la cybersécurité, à l’identité numérique ou à la continuité de service sont largement intégrés.
La prise de conscience est forte, notamment face à la multiplication des cyberattaques : les décideurs savent désormais qu’il est indispensable d’investir dans la protection des systèmes et la résilience des services.
Ville Internet joue un rôle structurant dans cette montée en maturité, en offrant un espace d’échange, de diffusion des bonnes pratiques et de mise en réseau. Le congrès national des élus au numérique constitue aujourd’hui un temps fort, permettant de formuler des propositions adressées aux pouvoirs publics et de structurer un dialogue avec des acteurs comme la DINUM, l’ANSSI ou Cybermalveillance.gouv.fr
Cette dynamique a contribué à faire du numérique un enjeu pleinement intégré aux politiques publiques locales.
La souveraineté numérique constitue désormais un axe important du label, sans être exclusif. Elle se traduit d’abord par des exigences en matière de cybersécurité, de protection des données personnelles et de gestion de l’open data. L’ouverture des données est d’ailleurs considérée comme un levier démocratique, permettant un partage transparent de l’information, même si cela implique une exposition accrue.
La question de la dépendance aux grands acteurs technologiques est également centrale. Le recours aux logiciels libres et la diversification des solutions sont encouragés, même si la transition reste complexe en raison des habitudes et des contraintes techniques. Certaines collectivités ont toutefois réussi à s’émanciper totalement de solutions propriétaires, démontrant que des alternatives sont possibles.
La première étape reste néanmoins la prise de conscience de l’écosystème dans lequel les collectivités évoluent. Cette réflexion s’inscrit progressivement dans les stratégies locales, et constitue un axe structurant de l’action de Ville Internet.
La réponse repose en grande partie sur la dimension collective du réseau. Ville Internet fonctionne comme un espace de tiers de confiance où les collectivités partagent librement leurs retours d’expérience, leurs alertes et leurs bonnes pratiques. Cette mise en commun des connaissances permet d’éclairer les choix et d’éviter certains écueils.
L’Atlaas constitue à ce titre un outil structurant, en offrant une capacité de benchmark rapide et opérationnelle. Il permet de comparer ses pratiques avec celles de collectivités similaires et d’identifier des solutions éprouvées.
Au-delà des outils, c’est aussi l’accès à un réseau d’expertise qui fait la différence : échanges directs entre collectivités, accès facilité à des acteurs institutionnels ou industriels, et participation à des événements structurants. Cette dynamique collective renforce la capacité des collectivités à sécuriser leurs choix et à construire une stratégie numérique autonome.
Le label constitue une porte d’entrée pertinente, notamment en termes de visibilité.
Mais l’intérêt principal réside dans les services proposés : accès à l’Atlaas, capacité de benchmark, accompagnement des politiques numériques et participation à une dynamique de projets, partage et diffusion d’un cadre permettant la mise en œuvre d’une feuille de route des projets de politiques publiques numériques de sa collectivité.
Ville Internet offre des outils et des services que l’on ne retrouve pas dans d’autres réseaux, notamment sur les usages du numérique.
On observe aujourd’hui une montée en puissance des sujets liés à la cybersécurité et à l’intelligence artificielle. Les collectivités expérimentent ces outils, mais manquent encore de cadres structurants, notamment sur la question des sources et de la fiabilité des données utilisées.
Les perspectives de développement sont ambitieuses, avec un objectif de doublement du nombre d’adhérents à moyen terme. L’enjeu est également d’élargir le périmètre aux intercommunalités, aux syndicats et, à terme, à certains acteurs privés d’intérêt général. Cette croissance suppose un effort de conviction et un ancrage territorial renforcé, notamment à travers des démarches de régionalisation et de proximité avec les acteurs locaux.
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